Elian Da Ros - Côtes du Marmandais - Romuald Cardon
Elian Da Ros

Un diamant. Exit le bijou ornemental, je parle ici du minéral : celui qui fascine de par cette combinaison physique qui mêle l’extrême solidité à la plus grande des puretés. 

Elian Da Ros semble fait de ce matériau-là. Entrer dans son histoire, c’est découvrir à la fois un parcours de vigneron-paysan comme il y en a tant : une passion dès l’enfance pour ce métier de la terre, où, comme le soulignait son grand-père, fermier : « On est libre ! S’il fait grand beau on profite, on vit en extérieur, et s’il pleut, on s’active à l’intérieur. » Mais le parcours d’Elian c’est aussi découvrir la force des liens face aux difficultés, et la puissance infinie de l’amour d’une terre. La simplicité d’un rêve, mêlée de la force qui le rend possible.

Car envers et contre tout, Elian veut devenir vigneron. Depuis qu’il sait marcher, il le crie haut et fort. Ses parents aspirent à d’autres ambitions pour leur fils unique ? Très bien. Elian fera des études, mais uniquement dans le sens de son projet. Sauternes, Mâcon, Strasbourg, il pousse jusqu’à l’université, pour affiner ses connaissances, changer de régions et multiplier les rencontres. Du Bordelais à la Bourgogne, il choisit avec beaucoup de soin chacun de ses stages. Dans l’une de ses promotions, il a avec lui quelques fils de vignerons alsaciens parmi les plus prestigieux, dont Félix Meyer et Jean-Chistophe Bott. Il leur demande de but en blanc : « Je veux faire un stage en Alsace, mais chez le meilleur. Dites-moi où aller ». Et voilà Elian ouvrier-stagiaire pour 2 semaines chez Leonard Humbrecht. Seule la pause déjeuner lui permet de côtoyer le patron. Il en exploitera chaque seconde : « Je passais le repas à lui poser 1000 questions. Tous les jours, tous les midis, je me débrouillais pour être à côté, et le faire parler un maximum ». Le dernier jour, Leonard vient le chercher en voiture à l’embauche, et l’emmène pour un tour du vignoble. Quand ils rentrent au domaine, il est 21h, la nuit est tombée. Elian a la tête qui tourne et le cœur qui bat bien trop vite : « J’ai compris ce jour-là ce que signifiait véritablement faire un vin qui a la gueule de l’endroit où il est né ».

Quelques années plus tard, Elian s’apprête à s’envoler pour l’Australie : on est à l’été 1992, il est diplômé et vient de terminer son service militaire. Avant de créer son propre domaine au cœur de ces terres du Marmandais, il sait qu’il doit encore se former et apprendre, ce voyage en Australie est une véritable aubaine. C’est alors qu’il reçoit un appel : Leonard Humbrecht, proche de la retraite, lui demande de venir travailler au domaine. Le poste ? Bras droit de son fils, Olivier Humbrecht. 

« Tu as le choix entre partir vivre une aventure de quelques mois 

de l’autre côté du globe chez un super vigneron australien, ou apprendre pendant des années auprès d’un des plus grands vignerons français. »

Elian n’hésite pas une seconde, mais pose une condition : il restera 5 ans en Alsace, pas plus. 

Il a tenu promesse : il a usé de ces 5 années au maximum, apprenant aux côtés de Léonard, œuvrant en duo avec Olivier. Une expérience unique, incroyable, à double sens : avec sa capacité de travail infernale et son bon sens paysan, il donne autant qu’il prend. Il découvre les coulisses d’un domaine monstrueux et familial, et les plus beaux terroirs alsaciens. Quand vient l’heure de partir, on lui fait le plus beau des cadeaux de départ : une semi-remorque de matériel viticole pour démarrer son activité. On est en 1997, Elian a aussi à l’esprit l’un des précieux conseils que Madame Humbrecht lui a prodigué : « Donnez-vous toujours les moyens de faire les choses… et endettez-vous pour acheter les beaux terroirs. » 

Il est désormais prêt à réaliser son rêve d’enfant : devenir vigneron à Cocumont, faire un grand vin… dans cette région où les raisins sont moins bien côtés que la tomate. Cette conviction que ces coteaux du Marmandais ont un fort potentiel lui vient en grande partie de cette grand-mère maternelle qui vinifiait seule dans sa cave ses 2 barriques et refusait la coopérative. Des vins de table, des vins de garde, des vins de voile… jusqu’à la fin de sa vie elle a expérimenté et cherché l’air de rien à traduire le goût de ce vignoble oublié. 

Cette conviction lui vient aussi de son parcours : il paraît que c’est quand on s’intéresse à l’autre que l’on se connaît mieux soi-même. Il en va de même pour les terroirs : Elian a roulé sa bosse, il a observé, travaillé et goûté dans de multiples régions prestigieuses. Quand il revient au pays c’est aussi car il sait que cette terre du Marmandais est une belle endormie.

Cela fait 25 ans aujourd’hui qu’Elian a quitté l’Alsace pour créer son domaine. Le Mont du Coucou et l’Abouriou sont connus des plus grands amateurs, et nombre de jeunes vignerons rêvent de faire leur stage chez Elian Da Ros.

Quand on fait quelques recherches, on apprend que la solidité du diamant est associée à une autre propriété – au sens mécanique – la ténacité. Conjuguée à l’étymologie du mot (adámas en grec ancien, c’est-à-dire indomptable) on se dit que décidément, si Elian était un minéral, ce ne pourrait être que celui-ci.