Louis & Thierry Germain
DOMAINE DES ROCHES NEUVES
LOIRE / Saumur-Champigny
« Je ne me fie plus qu’à l’émotion et mon ressenti... aujourd’hui je ne veux plus d’analytique »

« Je ne me fie plus qu’à l’émotion et mon ressenti... aujourd’hui je ne veux plus d’analytique ».
On ne sait pas bien de quoi il cause, Thierry, quand il balance cette phrase. Il faut le suivre, et c’est peu de le dire : c’est pas simple.
Vivre ses rêves, être intransigeant mais chercher la justesse, oser des caprices, faire des choix et les remettre en question... près de 30 ans plus tard.
Une journée aux côtés de Thierry ne peut pas laisser indifférent. Au mieux vous ressortez subjugués, au pire... avec un sérieux tournis. L’écouter, c’est un grand écart permanent : entre l’engagement sans concession pour le respect du vivant (humain comme végétal) et l’œil aux aguets pour ne rien perdre des affaires du monde (et notamment du commerce du vin), on peut s’interroger. Du lard ou du cochon ? De l’extrême sensibilité ou du contrôle permanent ?
Et pourquoi pas les deux ?
Il va vite, oui, mais il vous faudra prendre le temps : celui de vous connecter à votre intuition. En goûtant cette cuvée Mémoires, qui ne ment pas. En plongeant les yeux dans ceux de Thierry, qui vous sondera sans détour. Ou en se laissant contaminer par le sourire de Louis, qui porte en lui toute la fougue de cette famille. Car oui, le domaine des Roches Neuves c’est avant tout une famille. Si Thierry en a été longtemps la tête d’affiche, c’est depuis toujours une histoire qui s’écrit au pluriel : aujourd’hui, le domaine est porté à 28 hectares, et comprend 14 salariés. Faites le compte.
S’il faut aller accompagner la nature jusqu’au bout, en allant inciser délicatement une partie infime de chaque grappe pour permettre à chaque cep de donner tout ce qu’il souhaite donner, ce sera fait. S’il faut vendanger trois fois ce rang de vigne car les maturités ne sont pas les mêmes du fait de l’âge de chaque pied, ce sera fait. L’équipe, c’est un melting pot d’anciens et de moins anciens, de passionnés du milieu comme de néos parfaitement reconvertis et auprès de qui il a fallu prendre le temps (encore) de tout apprendre. C’est Louis, donc, mais c’est aussi Marie, la femme de Thierry, et Agathe, celle de Louis. C’est aussi Jeanne, la cadette, qui avec son conjoint Florent s’occupe avec sa propre société des labours au cheval de toutes les vignes en haute densité, dont celles plantées en échalas, les fameuses francs de pied du secteur de la Côte.
Les observer tous ensemble, à table, est jouissif. Le domaine a beau être parmi les plus plébiscités auprès de la haute gastronomie, ici on aime l’exigence et le service de haute volée... mais on aime surtout quand douze conversations s’entremêlent, quand on se tient le bout d’gras pour au final se rendre compte qu’on est tous d’accord*.
Ça chambre et ça raconte, une histoire bien française, une histoire de passions et de chapitres qui se chevauchent. Avec beaucoup de respect, non sans humour, Louis écrit petit à petit la suite de la saga. De celle que l’on a très envie de découvrir, et surtout, de goûter.
*Véridique, le sujet en débat : attendre ou ne pas attendre quand le vin est en bouteille ? Et au fond cette question : quelle confiance donner à son vin, et quand lâcher prise ? ...
© Texte Aurélie SOUBIRAN