Audrey & Pierre Va ïsse
DOMAINE VAÏSSE
LANGUEDOC / Aniane
« Il veut révéler les terroirs de ce Languedoc-là, ces terres d’argilo-calcaire ou de galets roulés, ces paysages vallonnés, riches de bois et de garrigue qui entourent ce mythique village d’Aniane. »

« Quel vin tu souhaites faire ? »
Quand un vigneron de la stature de Frédéric Pourtalié vous pose cette question, on tourne 7 fois sa langue dans sa bouche et on prend le temps de réfléchir.
Pourtant, Pierre le connaît bien, Fred. Ensemble, ils ont appris à lire et compter, ils ont découvert l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. Pierre Vaïsse et Fred Pourtalié ne sont pas que des voisins de vignes. Ils sont amis d’enfance. Autant dire : soudés, et pas qu’un peu.
Leur seule différence ? Fred, en tant que fils de viticulteur, avait un pied dans le monde du vin. Pierre a vaguement tenté des études de forestier, mais très vite, l’envie de lui aussi travailler dans les vignes l’a rattrapé. En 1999, il parvient à récupérer 4 hectares : il commence tout doucement et développe petit à petit, jusqu’à atteindre aujourd’hui 18 hectares de surface. Très morcelé, son terrain de jeu s’est construit à force de patience, d’amour pour le carignan – ce cépage mal aimé qui permet pourtant de retenir beaucoup d’eau et donc de la fraîcheur dans les vins – et d’une passion qui ne fait que croître.
Restait à faire du vin. Pierre y va, là aussi, doucement. Il n’est peut-être pas fils d’agriculteur mais il est enfant du pays, et paysan dans l’âme : il est prudent... et humble. À l’écouter, ce jour de 2007 où il saute le pas et décide d’arrêter de vendre une partie de ses raisins, il n’aurait presque rien fait. Pourtant, quand on creuse un peu, on découvre qu’il est probablement un vinificateur aussi aguerri que l’ami d’enfance. Certes il n’a alors jamais navigué en solo, mais cela fait des années qu’il est dans les coulisses des vendanges de Fred, et qu’il connaît tout des secrets de Montcalmès. Il est aussi très lié à l’autre enfant du pays, Laurent Vaillé.
Alors oui, le vin qu’il veut faire, il sait à quoi il ressemble. Comme ses amis, il veut révéler les terroirs de ce Languedoc-là, ces terres d’argilo-calcaire ou de galets roulés, ces paysages vallonnés, riches de bois et de garrigue qui entourent ce mythique village d’Aniane.
Tout doucement, avec une rigueur magistrale et une énergie folle, Pierre avance : en 2017 ça y est, il est 100 % libre de la coopérative et vinifie en solo l’ensemble de ses parcelles.
L’observer en cave, plonger la pipette dans un fût puis un autre pour faire goûter son parcellaire est grisant. On discute typicité de cépage, on s’emballe sur le millésime bientôt en bouteille, on a le sourire en coin de voir Audrey, sa femme, se moquer avec une immense complicité de son anecdote sur l’aphyllante, cette plante endémique qui repousse au pied des souches après une plantation... Les yeux pétillent, les fossettes s’élargissent : on reconnaît la joie pure, celle de l’enfant qui vit un rêve éveillé.
Lui, le non-fils de vigneron, a aujourd’hui 3 fils. Et il semblerait que l’histoire du domaine Vaïsse ne fait que commencer...
© Texte & photo Aurélie SOUBIRAN