Olivier et Rémy Klein

Domaine La Réméjeanne

La Réméjeanne, rencontre au sommet avec Olivier Klein

« C’est important de se perdre »
De fait… Pour venir jusqu’ici, il vous faudra d’abord affronter des lacets de routes de campagne, des chemins de vigne cahoteux, et potentiellement risquer de finir en accordéon dans un virage serré avec un poids lourd qui arrive en face. Une fois arrivé, vous devrez faire face à un soleil à la limite de l’indécence, puis, très vite, au sourire juste parfaitement contagieux d’Olivier.

Nous y voilà. Bienvenu à Sabran, joli village du Gard, à l’extrême bordure du Languedoc. Moins de 20 kilomètres à l'Est, le Rhône.

Illico, Olivier Klein, le fiston en pleine reprise du domaine, nous propose une promenade. Direction la Lune. 
Un véritable dôme, situé au sommet de la colline (300 mètres d’altitude !), de près de 5 hectares : une parcelle joliment arrondie, « dont on ne voit jamais toutes les faces », au sol aride, presque blanc. Une parcelle dangereuse, avec sa pente imprévisible, et son exposition au Mistral : « Faut pas être dépressif pour travailler ici ».

En chemin Olivier nous a également montré un magnifique point de vue, duquel on peut voir la grande majorité de leur vignoble de 35 hectares, quasiment d’un seul tenant. Une chance inouïe pour n’importe quel vigneron, et un atout inestimable quand on travaille en bio.

Il y a 3 ans, Olivier a suivi un colloque passionnant sur la biodynamie donné par Pierre Masson. Il échangeait déjà beaucoup avec des vignerons amis sur leur approche de cette philosophie de travail, leurs difficultés, leurs résultats. Après avoir bien mûri sa réflexion, c’est décidé : 2017 sera l’année de ses premiers essais. Il a hâte. Il hésite encore sur la parcelle à tester. Il lui faut trouver celle qui a justement besoin d’un souffle nouveau, pour que l’expérience soit valable. Il a sa petite idée, il sourit…

Sans interruption aucune, il nous entraîne ensuite dans son espace à lui, son terrain de jeu privilégié : la cuverie. Il nous raconte, les yeux de plus en plus malicieux, l’excitation des vendanges, l’angoisse du lancement ("papa les voisins ont commencé !!!!"), l’exaltation devant la multiplication des levures indigènes, la jouissance de cette cuve pressée à l’ancienne, aux pieds…

Et puis, le plaisir, si grand, de la nouveauté : chaque millésime a un nouveau visage, et le vinificateur doit savoir s’adapter. Bien que la vinif ' soit devenue son domaine de prédilection, il n’hésite pas une seconde : « 70 % du boulot, c’est les vignes. En temps… mais aussi en importance. »

Pour lui, amoureux de la Bourgogne où il a passé quelques années de formation, le challenge c’est de réussir à transmettre dans ses vins le caractère de son terroir... tout en remettant en question les méthodes ancestrales qui tendent à des vins archi-tanniques et parfois bien trop lourds. Il parle d’extraction douce, de cocotte, de patience… C’est beau.

Quand, un peu plus tard, nous dégustons les bébés du domaine, sa remarque sur son amour des vins de Bourgogne nous revient comme un boomerang dans la figure. Cette cuvée Les Arbousiers 2013, à 50 % Syrah / 50 % Grenache, c’est le Sud, c’est, en même temps, soyeux, profond, complexe.

C’est vrai que c’est bon, de se perdre.

Texte élaboré en collaboration avec Aurélie Ma route du vin 

Les vins du domaine